it’s a long way to the top !

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Le réseau d’excellence européen sur les polysacharides “EPNOE” est une réussite, C’est aujourd’hui une évidence, comme ces choses si bien intégrées qu’elles semblent avoir poussé toutes seules un jour. Ce n’a pas été le cas d’EPNOE. Passer de l’idée à la mise en place d’un réseau fut une épopée.

Défi relevé par Patrick Navard, il raconte son aventure.

créer un réseau européen sur les polysaccharides

Le réseau EPNOE, European Polysaccharide Network of Excellence, est une création du CEMEF.

Les polysaccharides sont des polymères à base de sucre. Les plus connus sont la cellulose, qui sert de polymère de support pour les plantes, l’amidon qui est une molécule de réserve énergétique et la chitine qui forme les carapaces d’animaux, en particulier marins. Les activités autour de ces polymères biosourcés au CEMEF sont anciennes (Cf. P. Navard , J.M. Haudin. Rheology of mesomorphic solutions of cellulose, British Polymer Journal, 12, 174-178 (1980) ; P. Colonna, J.-P. Melcion, B. Vergnes, C. Mercier. Flow, mixing and residence time distribution of maize starch in a twin-screw extruder with an horizontally split barrel, J. Cereal Sci., 1, 115 (1983)).

Jusque vers les années 2000, les activités du CEMEF sont restées assez discrètes, toujours autour de l’amidon (extrusion) et de la cellulose (rhéologie des solutions, filage). Mais ces polymères voient un essor relativement soudain, lié à une prise de conscience « écolo » de certaines populations, un bon marketing « bio » de la part d’entreprises et un réel potentiel de ces polymères pour créer de nouveaux matériaux. La recherche commence à décoller.

A cette époque, la Commission Européenne tente d’impulser une idée en apparence séduisante : rassembler dans un seul réseau des laboratoires travaillant sur un même sujet afin qu’ils forment un ensemble avec une taille critique au niveau mondial.

En 2002, un appel à manifestation d’intérêt est lancé. Plusieurs industriels européens travaillant dans la cellulose réunissent une dizaine de laboratoires, dont le CEMEF, afin de proposer un réseau sur le sujet.

La rumeur est que plus de 10 000 manifestations d’intérêt seront déposées (ce qui sera vrai), et que seulement quelques centaines de réseaux seront in fine financés (ce qui sera aussi vrai).

Aucun des laboratoires légitimes sur les polysaccharides ne veut prendre le risque de perdre des mois de travail pour un résultat aussi incertain. Je ne laisse pas passer cette opportunité et bien que n’ayant que des activités très ponctuelles dans le domaine, je coordonne un document de quelques page sur la cellulose appelé Cellnet. Le résultat : le sujet est trop étroit.

Il faut bâtir un réseau sur les polysaccharides.

Cela devient alors très compliqué politiquement, avec une pression très forte des allemands. Je passe près de six mois à négocier avec mes collègues, que pour la plupart je ne connais pas, afin que le nombre de partenaires reste en dessous de quinze et à coordonner l’écriture de la réponse à l’appel à projets des réseaux d’excellence. Des réunions sont organisées en Allemagne, aux Pays-Bas et en Finlande pour organiser ce réseau, qui s’appelle « Polysaccharides » et comprend finalement seize universités ou organismes de recherche de neuf pays.

Plus de mille dossiers sont déposés en 2003. Polysaccharides est classé premier dans la première phase et deuxième dans la seconde phase du processus de sélection dans son domaine. Le pari semble gagné.

Mais c’est sans compter avec les délires de la Commission Européenne, qui voit dans ces réseaux des entités extra-universités capables de défragmenter un domaine de recherche considéré comme stratégique. La négociation durera un an et demi, avec menaces et chantages. Mais le groupe tient bon et nous avons les idées très claires sur comment un tel réseau doit fonctionner. Je ne résiste pas à vous donner un exemple de ce qui nous était demandé :

Afin de souder de façon définitive les équipes et qu’elles n’aient pas l’idée, une fois l’aide de la Commission Européenne terminée, de se disperser, les équipements devaient être mis en commun.

Par exemple, il nous est demandé de regrouper tous les rhéomètres des seize équipes à l’université de Graz en Autriche. Outre le fait que c’est impossible juridiquement et que cela suppose que ces rhéomètres ne servent que pour les polysaccharides, se posait le problème de faire les mesures !!!

Réponse de mon interlocuteur bruxellois : on fait bien des opérations chirurgicales à distance. Donc équipez vos rhéomètres de robots que vous commanderez de votre bureau de Sophia ou de Berlin !!!!!! C’est difficile à croire mais je vous assure que c’est l’une des multiples suggestions délirantes faites par mes correspondant(e)s de Bruxelles.

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Première reunion d’EPNOE en 2003 avec dans les rues de Biot les représentants des universités de Wageningen, Jena, Nottingham, Graz, Abo, Vienne, Hambourg, Utrecht, de l’Ecole des mines, des organismes de recherche Fraunhofer, VTT, TITK et des centres de recherche de Łódź et de Iași.

Notre projet est finalement accepté et en 2005. Une association loi 1901, appelée EPNOE, est créée afin de pérenniser le réseau. EPNOE n’a pas de membres individuels. Seules des entités ayant une existence juridique peuvent en faire partie.

Il faut imaginer les réunions de seize services juridiques dans une même salle où j’explique ce qu’est une association loi 1901 avec des statuts français, pour convaincre les universités d’Abo Akademi - Finlande, Wageningen - Pays-Bas, Maribor - Slovénie et un organisme de recherche dépendant du ministère de l’économie en Pologne d’être vice-présidents et les autres d’être membres ; la présidence étant assurée par Armines. Pour rassurer ses membres, EPNOE n’aura ni activité de recherche, ni personnel.

Depuis 2005, les seize membres fondateurs (VTT, Fraunhofer, deux instituts de recherche, Armines et onze universités) sont actifs, et les quatre vice-présidents toujours à leur poste.


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les missions d’epnoe

Ses missions principales :

  • mettre en relation les chercheurs des institutions membres pour monter des collaborations en recherche fondamentale, en lien avec des entreprises
  • développer l’enseignement en Europe en concevant des modules universitaires communs ou en organisant des cours pour chercheurs


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EPNOE a aussi des activités autour :

  • de l’innovation (organisation de réunions de brain-storming, de face-à-face, de récupération d’idées « perdues »),
  • d’information (bases de données sur les expertises des membres par exemple),
  • et de dissémination (la newsletter d’EPNOE est envoyée tous les deux mois à un millier d’abonnés, avec une newsletter sud-américaine).


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EPNOE, c’est

  • la participation de ses membres dans les comités de lecture de la plupart des revues dans le domaines des polysaccharides,
  • plus de 300 projets collaboratifs pour un budget de plus de 30 millions d’euros,
  • une centaine de thèses soutenues,
  • plusieurs colloques internationaux organisés ou co-organisés et trois à quatre réunions internes en Europe par an.


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Les chercheurs impliqués dans EPNOE traitent de tous les domaines impliquant les polysaccharides :

  • agro-alimentaire, ingénierie, papier, pharmacie et médecine

et englobent toutes les disciplines :

  • chimie, enzymologie, biotechnologie, génie chimique, mécanique, science des matériaux, sciences alimentaires, microbiologie, physique et sciences de l’environnement.


L’évolution d’epnoe


EPNOE a grandi depuis 2005. Il y a maintenant 40 membres institutionnels, comprenant une dizaine d’entreprises. EPNOE n’est financée que par les cotisations de ses membres.


C’est une organisation active, ayant tissé des liens étroits avec la société américaine de chimie (la plus grande société savante du monde) avec laquelle est organisé chaque année au moins un colloque commun. Des membres d’EPNOE sont actifs dans les instances dirigeantes de la division Cellulose and Renewable Matérials. EPNOE a des relations structurées avec des organisations dans le monde entier, en particulier au Japon et en Amérique du Sud.

La coordination d’EPNOE est assurée depuis sa création par Patrick Navard, assisté de Sylvie Massol. Un des enjeux est d’assurer un management à la fois souple et efficace, non chronophage pour les membres, ce qui implique une préparation très minutieuse des réunions, pour laquelle nous avons mis au point une méthode très efficace. Un deuxième enjeu est de créer « un espace de confiance » entre les membres afin que les relations soient les plus fluides et cordiales possibles. Ceci semble être le cas puisque tous les membres fondateurs sont encore présents.

EPNOE a des retombées positives au CEMEF puisqu’il a permis de développer et/ou de consolider plusieurs axes de recherche sur les polymères biosourcés.


epnoe_conf2015_pn.jpg Pour en savoir un peu plus : Navard, J & Navard, P (2013). Challenges and opportunities in building a multinational, interdisciplinary research and education network on polysaccharides. In P. Navard (Ed), The European Polysaccharide Network of Excellence (EPNOE). Research initiatives and results, Springer-Verlag Wien 2013. DOI 10.1007/978-3-7091-0421-7_1

et le site d’EPNOE


Pour information, le 2nd International EPNOE Junior Scientists Meeting est le dernier colloque organisé par EPNOE. Il a eu lieu dans les locaux de MINES ParisTech à Sophia Antipolis les 13 et 14 octobre 2016. Il a accueilli une centaine de jeunes chercheurs travaillant avec des polysaccharides venant de 20 pays différents.