croissance, développement, reconnaissance

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C’est au tour de Jean-Loup Chenot de parler de son expérience de Directeur du labo. Troisième directeur du CEMEF, il est nommé à ce poste en 1979 et pilotera le centre jusqu’en 2008.
Les deux premiers directeurs ont défini de façon originale les thèmes de recherche - la mise en forme des matériaux est un domaine peu représenté en France - et la structure du labo - associer recherche et relation étroite avec l’industrie est peu commun. Ils ont lancé et mis en oeuvre la gageure qu’était la délocalisation sur un site qui n’était pas encore le parc de haute technologie qu’est Sophia Antipolis aujourd’hui.

Jean-Loup Chenot hardiment reprend le flambeau. A 31 ans, il se lance dans l’aventure, conscient de l’héritage récent (le centre n’a que 5 ans) et de la mission qui lui revient : perpétuer et développer le modèle en faisant du centre, un laboratoire de référence. Notons parmi bien d’autres l’un des axes essentiels qu’il développera : la simulation numérique.

Toujours partant pour lancer de nouveaux projets, monter de nouvelles activités, construire des collaborations… il ne faut pas demander à Jean-Loup de parler de ce qu’il a fait, cela le barbe, une de ses expressions ! Rien à faire, il ne dira pas tout ce qu’il a mis en oeuvre, les réussites (FORGE, ESAFORM… par exemple), les difficultés aussi (les relations industrielles dans les années 80 ne sont pas forcément bien perçues dans le milieu scientifique).

Homme d’action, il aime peu parler de ses réalisations. Il a accepté de livrer ici un retour très condensé sur son expérience. Nous lui en sommes reconnaissants. Voici ce qu’il nous livre :

En 1975, lorsque j’ai décidé de rejoindre le CEMEF, après une discussion amicale avec Pierre Avenas son directeur, les recherches qui étaient menées se distinguaient très nettement des travaux universitaires en France, et des développements dans l’industrie.

Imaginée par Pierre Baqué et Pierre Avenas, la structure du CEMEF comportait des groupes de recherche scientifique permettant d’analyser les principaux problèmes industriels de la mise en forme des métaux et des polymères : mécaniques, thermiques, physiques et interfaciaux. La nécessité d’obtenir des contrats de recherche partenariaux, permettait de doubler les ressources financières du laboratoire. La gestion souple de ces budgets par l’association Armines donnait aux chercheurs une large autonomie en terme de recrutement d’étudiants, d’acquisition de matériel scientifique et de participation à des conférences internationales. Le CEMEF devait déménager à Sophia-Antipolis, alors en démarrage sous l’impulsion de Pierre Laffitte, directeur de l’Ecole des Mines de Paris. Cette perspective ajoutait un attrait particulier au CEMEF, appelé à jouer un rôle de pionnier pour les transfuges parisiens.

A cette époque, le CEMEF comportait moins de 50 personnes, la recherche appliquée n’était pas reconnue en France au plan académique, et les chercheurs du laboratoire n’étaient pas connus à l’étranger où la collaboration avec l’industrie était déjà plus développée, notamment en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

Il est donc apparu que le CEMEF devait accroitre ses objectifs pour atteindre une masse critique, si possible pour chacun de ses thèmes de recherche, afin d’assurer sa visibilité internationale et devenir incontournable en France.

JLC_pc-simu.jpgUne autre perspective importante commençait à se dessiner : l’introduction de la modélisation numérique des procédés. Avec l’appui de quelques entreprises, en tout premier lieu la Snecma, le CEMEF s’est engagé dans l’aventure numérique dès le début des années 1980, en se focalisant sur la méthode la plus prometteuse : la méthode des éléments finis. L’accroissement exponentiel des performances des calculateurs a largement favorisé le développement de la première version d’un logiciel de simulation du forgeage et les premiers accords avec la société Transvalor, filiale d’Armines, ont permis d’envisager sa commercialisation. Après la phase de démarrage initiale, les développements ont été poursuivis grave à la créativité et à la réactivité des chercheurs du laboratoire et à la souplesse du système Armines. Le CEMEF a pu ainsi bénéficier de programmes de recherche financés par le Ministère de la Recherche et le CNRS, par le Ministère de l’Industrie, la Commission Européenne, auxquels il faut ajouter les projets coordonnés par le Cetim et les projets directement supportés par les Entreprises.

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D’autres projets de modélisation ont vu le jour au CEMEF, axés sur la simulation des procédés de mise en forme des polymères, puis sur la fonderie, le soudage, la prévision des microstructures, etc. : leur commercialisation est en cours de lancement.

C’est la liaison entre une recherche numérique et physique originale, la coopération avec l’industrie, et la diffusion commerciale au niveau français puis international, qui ont assuré le rayonnement du CEMEF. Cette forme de relation avec l’industrie était originale et il a fallu 20 ans pour l’élaborer et la faire accepter.


Bien évidemment toutes ces avancées scientifiques et tous ces développements reposaient sur des équipes d’encadrants et d’étudiants en thèse ou en mastère dont la motivation et les compétences ont été des facteurs clés. Cet interview me donne l’occasion de les remercier très chaleureusement et de leur souhaiter une carrière pleinement réussie.

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Aujourd’hui je forme des vœux pour que cette forme de recherche, que j’estime particulièrement gratifiante, poursuive son développement au CEMEF, en apportant aux participants le plaisir de la recherche scientifique, une aide aux entreprises et la satisfaction de générer une activité économique croissante pour une PME.

29 août 2016