ce livre sera fondateur de la mise en forme des métaux.

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Il paraît en deux volumes chez Dunod fin 1973.
Son titre : Mise en forme des métaux. Calculs par la plasticité
Ses auteurs : Pierre Baqué, Eric Felder, Jérôme Hyafil, Yannick d’Escatha

le contexte

Pierre Baqué crée en 1970 un groupe de recherche sur la mise en forme des métaux à l’Ecole des Mines de Paris.
L’objectif est d’appliquer la Mécanique des Milieux Continus à l’étude des procédés de transformation des métaux, afin de prédire les écoulements de matière dans ces procédés. Des cogitations de cette jeune équipe émerge une idée audacieuse : traduire leur toute récente pratique de recherche en activité de formation, en organisant un séminaire destiné aux ingénieurs de l’industrie.
Ceci répond à plusieurs objectifs :

  • En premier lieu, bien sûr, un objectif de formation en transférant des connaissances de base et des méthodes permettant une approche scientifique des procédés de transformation.

Le besoin était immense.

Pierre Baqué écrit : Les ingénieurs de l’industrie de transformation étaient comme des ingénieurs électriciens ne connaissant pas la loi d’Ohm. Ils le sentaient, et voyaient en nous ceux qui apportaient cette lecture,

  • mais aussi, souder l’équipe autour d’un projet commun et assurer sa propre formation (selon le principe, enseigner une matière aide à mieux la maîtriser),
  • former l’équipe à l’expression orale, avec l’aide d’une comédienne Mytho Bourgoin, qui était un peu son égérie,
  • et enfin, faire rentrer de l’argent dans les caisses du centre.


Ce premier séminaire est conçu, écrit, diffusé, réalisé la première année de fonctionnement du groupe et 70 personnes le suivent. Certains participants passeront ensuite des contrats de recherche, ou offriront des stages débouchant sur des contrats.

Devant le succès obtenu, le séminaire est reconduit, et les textes sont publiés en 1973 sous forme de livre, chez Dunod.

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séminaire “contribution des oxydes métalliques au frottement sec à chaud”, ecole des mines à fontainebleau, mai 1975

Sur l’estrade, de gauche à droite (1) Michel de Vathaire, (3) Eric Felder, (4) François Delamare, (5) Jean-Luc Wybo, (8) Lucien Coutu et (9) Alain Le Floc’h.

le livre : sa forme

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L’ouvrage intitulé « Mise en Forme des Métaux. Calculs par la plasticité » comporte deux tomes et 711 pages. Il a été publié en offset (camera ready) à partir des textes tapés à la machine. Par rapport aux performances des traitements de texte actuels, cela confère à l’ouvrage un indéniable caractère suranné.

le livre : ses auteurs

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Que sont-ils devenus ?

  • Pierre Baqué : fondateur du groupe Mise en Forme, a été le premier Directeur du CEMEF, qu’il n’a pas accompagné à Sophia Antipolis. Il a ensuite travaillé dans la construction nucléaire chez Creusot Loire et été Président de Pechiney Bâtiment. Depuis 1991, il est Président de PB&A, société de conseil, qu’il a créée. voir le billet de blog “le CEMEF vu par son 1er directeur”
  • Eric Felder : a effectué toute sa carrière au CEMEF, où il a développé la thématique Thermomécanique des Surfaces/Tribologie.
  • Jérôme Hyafil : a créé une société d’assistance technique aux industries de transformation (la DERIM), puis, après un parcours diversifié, a occupé des postes de direction dans un groupe international de … vins et spiritueux !
  • Yannick d’Escatha : était, à l’époque du livre, un jeune Ingénieur du Corps des Mines détaché du Laboratoire de Mécanique des Solides de l’Ecole Polytechnique. Il poursuivra sa carrière dans le nucléaire, pour devenir délégué général du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique). Il fut par la suite Président du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales).


le livre et son originalité

Dans la préface, Jean Mandel, grand nom de la Mécanique, a clairement mis en évidence les points originaux de l’ouvrage :

A l’époque, la Théorie de la Plasticité était généralement présentée de façon trop abstraite, et était de ce fait peu utilisée. Le mérite des auteurs a été d’exposer cette théorie sous une forme accessible et immédiatement utilisable. Ils sont partis d’exemples très simples et familiers aux techniciens pour faire comprendre le phénomène de plasticité, et ont ensuite abordé progressivement des problèmes plus complexes, avec le minimum de développements mathématiques. De nombreux exemples et exercices, menés jusqu’à l’application numérique, permettaient la mise en pratique des connaissances théoriques acquises. Ainsi, il s’agissait d’un véritable outil de travail proposé aux ingénieurs de la transformation des métaux.


L’ouvrage comporte cinq parties :

  • Partie A Mécanique des Milieux Continus : déformation, vitesse de déformation contrainte, puissance de déformation, élasticité linéaire
  • Partie B Théorie de la Plasticité : comportement plastique, critère de plasticité, loi d’écoulement, énergie de déformation
  • Partie C Méthodes de calcul : méthode des tranches, méthodes d’encadrement (borne supérieure, borne inférieure), méthodes de visualisation, méthode des lignes de glissement, méthode de simulation (investigation par similitude)
  • Partie D Tests mécaniques : rhéologie-tribologie-ductilité, présentation et analyse des essais mécaniques
  • Partie Exemples de calculs de procédés : laminage, filage, tréfilage, forgeage, emboutissage, étirage de tube


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le livre et son impact dans l’histoire du CEMEF

Historiquement, le livre est antérieur à la création officielle du CEMEF. Il convient néanmoins de le citer comme « premier ouvrage », car il représente le « fonds de commerce » sur lequel le groupe Mise en Forme, puis le jeune CEMEF ont fondé leur approche des procédés de mise en forme des métaux. Ainsi, les premières thèses ont largement fait appel à la méthode de la borne supérieure (cf. billet de blog sur la thèse de Marie-Claire Estivalet). La simulation à l’aide de la plasticine s’inspire des principes de similitude décrits dans le livre (cf. billet de blog sur la plasticine).

Par la suite, avec le développement de la méthode des éléments finis (code FORGE 2), aussi bien la méthode de la borne supérieure que la simulation plasticine ont peu à peu diminué en importance, pour finalement disparaître du paysage.

Pour terminer, Pierre Avenas a appliqué la même démarche à la mise en forme des polymères (organisation d’un séminaire résidentiel, puis écriture d’un livre), mais ceci est une autre histoire (Cf. billet de blog ici).


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Une des 711 pages du livre


ISBN 2-04-005366-2